La Corée du Nord lance réellement un satelliteLe 12/12/2012 à 12:46 | Par Stefan Barensky
Le lanceur Unha-3 sur son pas de tir
La quatrième tentative a été la bonne. Il était 9h49m46s au pays du matin calme (0h49m46s TU), lorsque le lanceur Unha-3 a pris son envol de la base nord-coréenne de Sohae en direction du sud, selon un plan de vol identique à celui de la tentative ratée du 12 avril.
Toutefois, cette fois-ci les trois étages se sont comportés comme prévu et ont satellisé le second modèle du petit satellite d’observation Kwangmyŏngsŏng-3 ("Etoile de l’espoir-3").
Le Norad a confirmé la satellisation trois heures plus tard, après avoir détecté trois objets sur une orbite héliosynchrone du matin (passage au nœud ascendant à 9h00 locale). Le satellite lui-même graviterait sur une orbite à 494 x 588 km, inclinée à 97,4° sur l’Equateur (499,7 x 584,18 km, 97,4° selon l’agence officielle KCNA).
Il s’agit d’un second exemplaire du satellite d’observation Kwangmyŏngsŏng-3 détruit lors de l’échec de la tentative de lancement d’avril. D’une masse de 100 kg, il est doté d’une caméra de 100 m de résolution.
L’annonce du lancement est intervenue par surprise, alors que Pyongyang semblait avoir décidé de le reporter en étendant sa fenêtre de tir jusqu’au 29 décembre. Des rapports sur le démantèlement du lanceur pour vérifications avaient même circulé au cours des derniers jours.
Ce tir a entrainé les protestations officielles. De nombreux gouvernements, dont la Corée du Sud, le Japon, les Etats-Unis, le Canada ou l’Australie, ont protesté contre ce qu’ils estiment être une "couverture" pour un tir de missile à longue portée en totale contravention des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.
De son côté, la Chine n’a pas désapprouvé le lancement mais a exprimé des "regrets" et appelé Pyongyang à obéir aux injonctions des Nations Unies.
Une succession d’échecs
Par deux fois, la Corée du Nord avait annoncé avoir réussi une satellisation sans que celle-ci soit confirmée par aucun système de surveillance de l’espace.
Le 31 août 1998, un lanceur Paektusan-1 (Taepo Dong-1 pour les Occidentaux) tiré de Tonghae, sur la côte orientale, avait survolé le Japon avant de s’abîmer dans l’Océan Pacifique, poussant Tokyo à se doter en urgence d’un système de satellites d’observation optique et radar IGS (Information Gathering Satellites) pour surveiller les agissements de son turbulent voisin et ne plus se laisser surprendre. Huit satellites ont été lancés depuis 2003. La prochaine paire est prévue le 27 janvier prochain.
Après l’échec d’un tir d’essai le 4 juillet 2006, probablement pour qualifier le 1er étage avec des étages supérieurs factices, le 5 avril 2009, toujours de Tonghae, un lanceur Unha-2 était lui aussi tiré par dessus l’archipel nippon et ne parvenait pas plus à placer sa charge sur orbite.
Il faudra atteindre le printemps 2012 et la présence de journalistes occidentaux invités par le régime afin de témoigner que le programme spatial ne sert pas de couverture à des essais de missiles pour que Pyongyang reconnaisse un échec de son lanceur, dû cette fois-ci à une défaillance du 1er étage.
Avec ce 1er succès, la Corée du Nord devient le 10e Etat à se doter d’une capacité de lancement, après l’Union Soviétique (1957, capacité transférée ensuite à la Russie et l’Ukraine), les Etats-Unis (1958), la France (1965, capacité transférée à l’ESA), le Japon (1970), la Chine (1970), le Royaume-Uni (1971), l’Inde (1979), Israël (1988) et l’Iran (2009), mais devant la Corée du Sud, qui a repoussé sa prochaine tentative de satellisation avec le petit lanceur Naro-1 à 2013.